CONVENTION DE SAUVEGARDE DES DROITS DE L'HOMME ET DES LIBERTES FONDAMENTALES


Les gouvernements signataires, Membres du Conseil de l'Europe,

Considérant la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, proclamée par
l'Assemblee Générale des Nations Unies le 10 décembre 1948;

Considérant que cette Déclaration tend à assurer la reconnaissance et l'application
universelles et effectives des droits qui y sont énoncés;

Considérant que le but du Conseil de l'Europe est de réaliser une union plus étroite entre
ses membres, et que l'un des moyens d'atteindre ce but est la sauvegarde et le développement
des droits de l'homme et des libertés fondamentales;

Réaffirmant leur profond attachement à ces libertés fondamentales qui constituent les
assises mêmes de la justice et de la paix dans le monde et dont le maintien repose essentielle-
ment sur un régime politique véritablement démocratique, d'une part, et, d'autre part, sur une
conception commune et un commun respect des droits de l'homme dont ils se réclament;

Résolus, en tant que gouvernements d'Etats européens animés d'un même esprit et
possédant un patrimoine commun d'idéal et de traditions politiques, de respect de la liberté et
de prééminence du droit, à prendre les premières mesures propres à assurer la garantie
collective de certains des droits énoncés dans la Déclaration Universelle;

Sont convenus de ce qui suit:

Article 1

Les Hautes Parties contractantes reconnaissent à toute personne relevant de leur
juridiction les droits et libertés définis au Titre 1 de la présente Convention.

TITRE 1
Article 2

1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne
peut être infligée à quiconque intentionnellement. sauf en exécution d'une
sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de
cette peine par la loi.


2. La mort n'est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans les cas où
elle résulterait d'un recours à la force rendu absolument nécessaire:
a. pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale;
b. pour effectuer une arrestation régulière ou pour empêcher l'évasion d'une personne
régulièrement détenue;
c. pour réprimer, conformément à la Loi. une émeute ou une insurrection.

Article 3

Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou
dégradants.

Article 4

1. Nul ne peut être tenu en esclavage ni en servitude.
2. Nul ne peut être astreint à accomplir un travail forcé ou obligatoire.
3. N'est pas considéré comme travail forcé ou obligatoire au sens du présent article:

a. tout travail requis normalement d'une personne soumise à la détention dans les
conditions prévues par l'article 5 de la présente Convention, ou durant sa mise en liberté
conditionnelle;
b. tout service de caractère militaire ou, dans le cas d'objecteurs de conscience dans les
pays où l'objection de conscience est reconnue comme légitime, à un autre service à la place
du service militaire obligatoire;
c. tout service requis dans le cas de crises ou de calamités qui menacent la vie ou le
bien-être de la communauté;
d. tout travail ou service formant partie des obligations civiques normales.

Article 5

1. Toute personne a droit à la liberté et à la sûreté. Nul ne peut être privé de sa liberté, sauf
dans les cas suivants et selon les voies légales:
a s'il est détenu régulièrement après condamnation par un tribunal compétent;
b. s'il a fait l'objet d'une arrestation ou d'une détention régulières pour insoumission à
une ordonnance rendue, conformément à la loi, par un tribunal ou en vue de garantir
l'exécution d'une obligation prescrite par la loi;
c. s'il a été arrêté et détenu en vue d'être conduit devant l'autorité judiciaire compétente,
lorsqu'il y a des raisons plausibles de soupçonner qu'il a commis une infraction ou qu'il
y a des motifs raisonnables de croire à la nécessité de l'empêcher de commettre une infraction
ou de s'enfuir après l'accomplissement de celle-ci;
d. s'il s'agit de la détention régulière d'un mineur, décidée pour son éducation
surveillée ou de sa détention régulière. afin de le traduire devant l'autorité compétente;
e. s'il s'agit de la détention régulière d'une personne susceptible de propager une
maladie contagieuse, d'un aliéné, d'un alcoolique, d'un toxicomane ou d'un vagabond;
f. s'il s'agit de l'arrestation ou de la détention régulières d'une personne pour
l'empêcher de pénétrer irrégulièrement dans le tenitoire, ou contre laquelle une procédure
d'expulsion ou d'extradition est en cours.

2. Toute personne arrêtée doit être informée, dans le plus court délai et dans une langue
qu'elle comprend, des raisons de son arrestation et de toute accusation portée contre elle.

3. Toute personne arrêtée ou détenue, dans les conditions prévues au paragraphe 1.c du
présent article, doit être aussitôt traduite devant un juge ou un autre magistrat habilité par la
loi à exercer des fonctions judiciaires et a le droit d'être jugée dans un délai raisonnable, ou
libérée pendant la procédure. La mise en liberté peut être subordonnée à une garantie assurant
la comparution de l'intéressé à l'audience.

4. Toute personne privée de sa liberté par arrestation ou détention a le droit d'introduire un
recours devant un tribunal, afin qu'il statue à bref délai sur la légalité de sa détention et
ordonne sa libération si la détention est illégale.

5. Toute personne victime d'une arrestation ou d'une détention dans des conditions
contraires aux dispositions de cet article a droit à réparation.

Article 6

1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et
dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui
décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-
fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. Le jugement doit être rendu
publiquement, mais l'accès de la salle d'audience peut être interdit à la presse et au public
pendant la totalité ou une partie du procès dans l'intérêt de la moralité, de l'ordre public ou de
la sécurité nationale dans une société démocratique, lorsque les intérêts des mineurs ou la
protection de la vie privée des parties au procès l'exigent, ou dans la mesure jugée strictement
nécessaire par le tribunal, lorsque dans des circonstances spéciales la publicité serait de nature
à porter atteinte aux intérêts de la justice.

2. Toute personne accusée d'une infraction est présumée innocente jusqu'à ce que sa
culpabilité ait été légalement établie.

3. Tout accusé a droit notamment à:
a. être informé, dans le plus court délai, dans une langue qu'il comprend et d'une
manière détaillée. de la nature et de la cause de l'accusation portée contre lui;
b. disposer du temps et des facilités nécessaires à la préparation de sa défense;
c. se défendre lui-même ou avoir l'assistance d'un défenseur de son choix et, s'il n'a
pas les moyens de rémunérer un défenseur, pouvoir être assisté gratuitement par un avocat
d'office, lorsque les intérêts de la justice l'exigent;
d. interroger ou faire interroger les témoins à charge et obtenir la convocation et
l'interrogation des témoins à décharge dans les mêmes conditions que les témoins à charge;
e. se faire assister gratuitement d'un interprète, s'il ne comprend pas ou ne parle pas la
langue employée à l'audience.

Article 7

1. Nul ne peut être condamné pour une action ou une omission qui, au moment où elle a
été commise, ne constituait pas une infraction d'après le droit national ou international. De
même il n'est infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où
l'infraction a été commise.

2. Le présent article ne portera pas atteinte au jugement et à la punition d'une personne
coupable d'une action ou d'une omission qui, au moment où elle a été commise, était
criminelle d'après les principes généraux de droit reconnus par les nations civilisées.


Article 8

1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa
correspondance.

2. 11 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour
autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une
société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être
économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la
protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui.

Article 9

1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit
implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester
sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le
culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites.

2. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l'objet d'autres
restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une
société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l'ordre, de la santé ou de la
morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d'autrui.

Article 10

1. Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion
et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y
avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article
n'empêche pas les Etats de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de
télévision à un régime d'autorisations.

2. L'exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis
à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent
des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l'intégrité
territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la
protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui,
pour empêcher la divulgation d'informations confidentielles ou pour garantir l'autorité et
l'impartialité du pouvoir judiciaire.

Article II

1. Toute personne a droit à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d'association, y
compris le droit de fonder avec d'autres des syndicats et de s'affilier à des syndicats pour la
défense de ses intérêts.

2. L'exercice de ces droits ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles qui, prévues
par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité
nationale, à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la
protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. Le
présent article n'interdit pas que des restrictions légitimes soient imposées à l'exercice de ces
droits par les membres des forces armées, de la police ou de l'administration de l'Etat.

Article 12

A partir de l'âge nubile, l'homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une
famille selon les lois nationales régissant l'exercice de ce droit.

Article 13

Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été
violés a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la
violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions
officielles.

Article 14

La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente Convention doit être
assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue,
la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale,
l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation.

Article 15

1. En cas de guerre ou en cas d'autre danger public menaçant la vie de la nation, toute
Haute Partie contractante peut prendre des mesures dérogeant aux obligations prévues par la
présente Convention, dans la stricte mesure où la situation l'exige et à la condition que
ces mesures ne soient pas en contradiction avec les autres obligations découlant du droit
international.

2. La disposition précédente n'autorise aucune dérogation à l'article 2, sauf pour le cas de
décès résultant d'actes licites de guerre, et aux articles 3, 4 (paragraphe I) et 7.

3. Toute Haute Partie contractante qui exerce ce droit de dérogation tient le Secrétaire
Général du Conseil de l'Europe pleinement informé des mesures prises et des motifs qui les
ont inspirées. Elle doit également informer le Secrétaire Général du Conseil de l'Europe de la
date à laquelle ces mesures ont cessé d'être en vigueur et les dispositions de la Convention
reçoivent de nouveau pleine application.

Article 16

Aucune des dispositions des articles 10, 1 1 et 14 ne peut être considérée comme inter-
disant aux Hautes Parties contractantes d'imposer des restrictions à l'activité politique des
étrangers.

Article 17

Aucune des dispositions de la présente Convention ne peut être interprétée comme
impliquant pour un Etat, un groupement ou un individu, un droit quelconque de se livrer à une
activité ou d'accomplir un acte visant à la destruction des droits ou libertés reconnus dans la
présente Convention ou à des limitations plus amples de ces droits et libertés que celles
prévues à ladite Convention.

Article 18

Les restrictions qui, aux termes de la présente Convention, sont apportées auxdits droits
et libertés ne peuvent être appliquées que dans le but pour lequel elles ont été prévues.


TITRE II
Article 19

Afin d'assurer le respect des engagements résultant pour les Hautes Parties
contractantes de la présente Convention, il est institué:
a. une Commission européenne des Droits de l'Homme, ci-dessous nommée la
Commission;
b. une Cour européenne des Droits de l'Homme, ci-dessous nommée la Cour.

TITRE III
Article 20

1. La Commission se compose d'un nombre de membres égal à celui des
Hautes Parties contractantes. La Commission ne peut comprendre plus d'un
ressortissant du même Etat.

2. La Commission siège en séance plénière. Toutefois, elle peut constituer
en son sein des Chambres, composées chacune d'au moins sept membres.
Les Chambres peuvent examiner les requêtes introduites en application
de l'article 25 de la présente Convention qui peuvent être traitées sur
la base d'une jurisprudence établie ou qui ne soulèvent pas de question
grave relative à l'interprétation ou à l'application de la Convention.
Dans ces limites, et sous réserve du paragraphe 5 du présent article,
les Chambres exercent toutes les compétences confiées à la Commission
par la Convention.

Le membre de la Commission élu au titre de la Haute Partie contractante
contre laquelle une requête a été introduite a le droit de faire partie
de la Chambre saisie de cette requête.

3. La Commission peut constituer en son sein des Comités, composés chacun
d'au moins trois membres, avec le pouvoir de déclarer à l'unanimité,
irrecevable ou rayée du rôle, une requête introduite en application de
l'article 25, lorsqu'une telle décision peut être prise sans plus ample
examen.

4. Une Chambre ou un Comité peut, en tout état de la cause, se dessaisir
en faveur de la Commission plénière, laquelle peut aussi évoquer toute
requête confiée à une Chambre ou à un Comité.

5. Seule la Commission plénière peut exercer les compétences suivantes:
a. l'examen des requêtes introduites en application de l'article 24;
b. la saisine de la Cour conformément à l'article 48 a;
c. l'établissement du règlement inténeur conformément à l'article 36.

Article 21

1. Les membres de la Commission sont élus par le Comité des Ministres à la
majorité absolue des voix, sur une liste de noms dressée par le Bureau de
l'Assemblée Consultative; chaque groupe de représentants des Hautes Parties
contractantes à l'Assemblée Consultative présente trois candidats dont
deux au moins seront de sa nationalité.


2. Dans la mesure où elle est applicable, la même procédure est suivie
pour compléter la Commission au cas où d'autres Etats deviendraient
ultérieurement Parties à la présente Convention, et pour pourvoir aux
sièges devenus vacants.

3. Les candidats devront jouir de la plus haute considération morale
et réunir les conditions requises pour l'exercice de hautes fonctions
judiciaires ou être da personnes reconnues pour leurs compétences en
droit national ou international.

Article 22

1. Les membres de la Commission sont élus pour une durée de six ans.
Ils sont rééligibles. Toutefois, en ce qui concerne les membres désignés
à la première élection, les fonctions de sept membres prendront fin au
bout de trois ans.

2. Les membres dont les fonctions prendront fin au terme de la période
initiale de trois ans, sont désignés par tirage au sort effectué par le
Secrétaire Général du Conseil de l'Europe immédiatement après qu'il aura
été procédé à la première élection.

3. Afin d'assurer dans la mesure du possible le renouvellement d'une
moitié de la Commission tous les trois ans, le Comité des Ministres peut,
avant de procéder à toute élection ultérieure, décider qu'un ou plusieurs
mandats de membres à élire auront une durée autre que six ans, sans que
cette durée toutefois puisse excéder neuf ans ou être inférieure à trois ans.


4. Dans le cas où il y a lieu de conférer plusieurs mandats et que le
Comité des Ministres fait application du paragraphe précédent, la
répartition des mandats s'opère suivant un tirage au sort effectué par
le Secrétaire Général du Conseil de l'Europe immédiatement après l'élection.

5. Le membre de la Commission élu en remplacement d'un membre dont le mandat
n'est pas expiré achève le terme du mandat de son prédécesseur.

6. Les membres de la Commission restent en fonctions jusqu'à leur
remplacement. Après ce remplacement, ils continuent de connaître des
affaires dont ils sont déjà saisis.

Article 23

Les membres de la Commission siègent à la Commission à titre individuel.
Durant tout l'exercice de leur mandat, ils ne peuvent assumer de fonctions
incompatibles avec les exigences d'indépendance, d'impartialité et de
disponibilité inhérentes à ce mandat.


Article 24

Toute Partie contractante peut saisir la Commission, par l'intermédiaire
du Secrétaire Général du Conseil de l'Europe, de tout manquement aux
dispositions de la présente Convention qu'elle croira pouvoir être
imputé à une autre Partie Contractante.

Article 25

1. La Commission peut être saisie d'une requête adressée au
Secrétaire Général du Conseil de l'Europe par toute personne physique,
toute organisation non gouvernmentale ou tout groupe de particuliers,
qui se prétend victime d'une violation par l'une des Hautes Parties
contractantes des droits reconnus dans la présente Convention, dans
le cas où la Haute Partie contractante mise en cause a déclaré reconnaître
la compétence de la Commission dans cette matière. Les Hautes Parties
contractantes ayant souscrit une telle déclaration s'engagent à n'entraver
par aucune mesure l'exercice efficace de ce droit.

2. Ces déclarations peuvent être faites pour une durée déterminée.

3. Elles sont remises au Secrétaire Général du Conseil de l'Europe,
qui en transmet copies aux Hautes Parties contractantes et en assure
la publication.

4. La Commission n'exercera la compétence qui lui est attribuée par
le présent article que lorsque six Hautes Parties contractantes au moins
se trouveront liées par la déclaration prévue aux paragraphes précédents.

Article 26

La Commission ne peut être saisie qu'après l'épuisement des voies
de recours internes, tel qu'il est entendu selon les principes de
droit international généralement reconnus et dans le délai de six mois,
à partir de la date de la décision interne définitive.

Article 27

1. La Commission ne retient aucune requête introduite par application de
l'article 25, lorsque:
a. elle est anonyme;
b. elle est essentiellement la même qu'une requête précédemment
examinée par la Commission ou déjà soumise à une autre instance
internationale d'enquête ou de règlement et si elle ne contient
pas de faits nouveaux. 2. La Commission déclare irrecevable toute
requête introduite par application de l'article 25, lorsqu'elle
estime la requête incompatible avec les dispositions de la présente
Convention, manifestement mal fondée ou abusive.

3. La Commission rejette toute requête qu'elle considère comme irrecevable
par application de l'article 26.

Article 28

1. Dans le cas où la Commission retient la requête:
a. afin d'établir les faits, elle procède à un examen contradictoire
de la requête avec les représentants des parties et, s'il y a lieu,
à une enquête pour la conduite efficace de laquelle les Etats intéressés
fourniront toutes facilités nécessaires. après échange de vues avec la
Commission ;
b. elle se met en même temps à la disposition des intéressés en vue de
parvenir à un règlement amiable de l'affaire qui s'inspire du respect
des droits de l'homme, tels que les reconnaît la présente Convention.

2. Si elle parvient à obtenir un règlement amiable, la Commission dresse
un rapport qui est transmis aux Etats intéressés, au Comité des Ministres
et au Secrétaire Général du Conseil de l'Europe, aux fins de publication.
Ce rapport se limite à un bref exposé des faits et de la solution adoptée.

Article 29

Après avoir retenu une requête introduite par application de l'article 25,
la Commission peut néanmoins décider à la majorité des deux tiers de ses
membres de la rejeter si, en cours d'examen, elle constate l'existence
d'un des motifs de non-recevabilité prévus à l'article 27.


En pareil cas, la décision est communiquée aux parties.

Article 30

1. A tout moment de la procédure, la Commission peut décider de rayer
une requête du rôle lorsque les circonstances permettent de conclure que:

a. le requérant n'entend plus la maintenir, ou
b. le litige a été résolu, ou
c. pour tout autre motif, dont la Commission constate l'existence,
il ne se justifie plus de poursuivre l'examen de la requête.

Toutefois. la Commission poursuit l'examen de la requête si le respect
des droits de l'homme garantis par la Convention l'exige.

2. Si la Commission décide de rayer une requête du rôle après l'avoir
retenue, elle dresse un rapport qui comprend un exposé des faits et
une décision motivée de radiation du rôle. Le rapport est transmis
aux parties ainsi que, pour information, au Comité des Ministres.
La Commission peut le publier.


3. La Commission peut décider la réinscription au rôle d'une requête
lorsqu'elle estime que les circonstances le justifient.

Article 31

1. Si l'examen d'une requête n'a pas pris fin en application des
articles 28 (paragraphe 2), 29 ou 30, la Commission rédige un rapport
dans lequel elle constate les faits et formule un avis sur le point de
savoir si les faits constatés révèlent, de la part de l'Etat intéressé,
une violation des obligations qui lui incombent aux termes de la Convention.
Les opinions individuelles des membres de la Commission sur ce point
peuvent être exprimées dans ce rapport.


2. Le rapport est transmis au Comité des Ministres; il est également
communiqué aux Etats intéressés, qui n'ont pas la faculté de le publier.

3. En transmettant le rapport au Comité des Ministres, la Commission peut
formuler les propositions qu'elle juge appropriées.

Article 32

1. Si, dans un délai de trois mois à dater de la transmission au Comité
des Ministres du rapport de la Commission, l'affaire n'est pas déférée à
la Cour par application de l'article 48 de la présente Convention,
le Comité des Ministres prend, par un vote à la majorité des deux tiers
des représentants ayant le droit de siéger au Comité, une décision sur la
question de savoir s'il y a eu ou non une violation de la Convention.

2. Dans l'affirmative, le Comité des Ministres fixe un délai dans lequel
la Haute Partie contractante intéressée doit prendre les mesures
qu'entraîne la décision du Comité des Ministres.

3. Si la Haute Partie contractante intéressée n'a pas adopté des
mesures satisfaisantes dans le délai imparti, le Comité des Ministres
donne à sa décision initiale, par la majorité prévue au paragraphe 1.
ci-dessus, les suites qu'elle comporte et publie le rapport.

4. Les Hautes Parties contractantes s'engagent à considérer comme
obligatoire pour elles toute décision que le Comité des Ministres
peut prendre en application des paragraphes précédents.

Article 33

La Commission siège à huis clos.

Article 34

Sous réserve des dispositions des articles 20 (paragraphe 3) et 29,
les décisions de la Commission sont prises à la majorité des membres
présents et votant.

Article 35

La Commission se réunit lorsque les circonstances l'exigent.
Elle est convoquée par le Secrétaire Général du Conseil de l'Europe.

Article 36

La Commission établit son règlement intérieur.

Article 37

Le secrétariat de la Commission est assuré par le Secrétaire Général
du Conseil de l'Europe.

TITRE IV
Article 38

La Cour européenne des Droits de l'Homme se compose d'un nombre de juges
égal à celui des Membres du Conseil de l'Europe. Elle ne peut comprendre
plus d'un ressortissant d'un même Etat.

Article 39

1. Les membres de la Cour sont élus par l'Assemblée Consultative à la
majorité des voix exprimées sur une liste de personnes présentée par
les Membres du Conseil de l'Europe, chacun de ceux-ci devant présenter
trois candidats, dont deux au moins de sa nationalité.

2. Dans la mesure où elle est applicable, la même procédure est suivie
pour compléter la Cour en cas d'admission de nouveaux Membres au Conseil
de l'Europe, et pour pourvoir aux sièges devenus vacants.

3. Les candidats devront jouir de la plus haute considération morale et
réunir les conditions requises pour l'exercice de hautes fonctions
judiciaires ou être des jurisconsultes possédant une compétence notoire.

Article 40

1. Les membres de la Cour sont élus pour une durée de neuf ans. Ils sont
rééligibles.

Toutefois, en ce qui concerne les membres désignés à la première élection,
les fonctions de quatre des membres prendront fin au bout de trois ans,
celles de quatre autres membres prendront fin au bout de six ans.

2. Les membres dont les fonctions prendront fin au terme des périodes
initiales de trois et six ans, sont désignés par tirage au sort effectué
par le Secrétaire Général du Conseil de l'Europe, immédiatement après
qu'il aura été procédé à la première élection.

3. Afin d'assurer dans la mesure du possible le renouvellement d'un tiers
de la Cour tous les trois ans, l'Assemblée Consultative peut, avant de
procéder à toute élection ultérieure, décider qu'un ou plusieurs mandats
de membres à élire auront une durée autre que celle de neuf ans, sans
qu'elle puisse toutefois excéder douze ans ou être inférieure à six ans.

4. Dans le cas où il y a lieu de conférer plusieurs mandats et que
l'Assemblée Consultative fait application du paragraphe précédent,
la répartition des mandats s'opère suivant un tirage au sort effectué
par le Secrétaire Général du Conseil de l'Europe immédiatement après
l'élection.

5. Le membre de la Cour élu en remplacement d'un membre dont le mandat
n'est pas expiré achève le terme du mandat de son prédécesseur.

6. Les membres de la Cour restent en fonctions jusqu'à leur remplacement.
Après ce remplacement, ils continuent de connaître des affaires dont ils
sont déjà saisis.

7. Les membres de la Cour siègent à la Cour à titre individuel. Durant
tout l'exercice de leur mandat, ils ne peuvent assumer de fonctions
incompatibles avec les exigences d'indépendance, d'impartialité et de
disponibilité inhérentes à ce mandat.


Article 41

La Cour élit son Président et un ou deux Vice-Présidents pour une durée
de trois ans. Ils sont rééligibles.

Article 42

Les membres de la Cour reçoivent une indemnité par jour de fonctions,
à fixer par le Comité des Ministres.

Article 43

Pour l'examen de chaque affaire portée devant elle, la Cour est constituée
en une Chambre composée de neuf juges. En feront partie d'office le juge
ressortissant de tout Etat intéressé ou, à défaut, une personne de son
choix pour siéger en qualité de juge; les noms des autres juges sont
tirés au sort, avant le début de l'examen de l'affaire, par les soins
du Président.

Article 44

Seules les Hautes Parties contractantes et la Commission ont qualité pour
se présenter devant la Cour.

Article 45

La compétence de la Cour s'étend à toutes les affaires concernant
l'interprétation et l'application de la présente Convention que les
Hautes Parties contractantes ou la Commission lui soumettront,
dans les conditions prévues par l'article 48.

Article 46

1. Chacune des Hautes Parties contractantes peut, à n'importe quel moment,
déclarer reconnaître comme obligatoire de plein droit et sans convention
spéciale, la jundiction de la Cour sur toutes les affaires concernant
l'interprétation et l'application de la présente Convention.

2. Les déclarations ci-dessus visées pourront être faites purement et
simplement ou sous condition de réciprocité de la part de plusieurs ou
de certaines autres Hautes Parties contractantes ou pour une durée déterminée.

3. Ces déclarations seront remises au Secrétaire Général du Conseil de
l'Europe qui en transmettra copie aux Hautes Parties contractantes.

Article 47

La Cour ne peut être saisie d'une affaire qu'après la constatation,
par la Commission, de l'échec du règlement amiable et dans le délai
de trois mois prévu à l'article 32.

Article 48

A la condition que la Haute Partie contractante intéressée,
s'il n'y en a qu'une, ou les Hautes Parties contractantes intéressées,
s'il y en a plus d'une, soient soumises à la juridiction obligatoire
de la Cour ou, à défaut, avec le consentement ou l'agrément de la
Haute Partie contractante intéressée, s'il n'y en a qu'une, ou des
Hautes Parties contractantes intéressées, s'il y en a plus d'une,
la Cour peut être saisie:
a. par la Commission;
b. par une Haute Partie contractante dont la victime est le ressortissant;
c. par une Haute Partie contractante qui a saisi la Commission;
d. par une Haute Partie contractante mise en cause.

Article 49

En cas de contestation sur le point de savoir si la Cour est compétente,
la Cour décide.


Article 50

Si la décision de la Cour déclare qu'une décision prise ou une mesure
ordonnée par une autorité judiciaire ou toute autre autorité d'une
Partie contractante se trouve entièrement ou partiellement en opposition
avec des obligations découlant de la présente Convention, et si le droit
interne de ladite Partie ne permet qu'imparfaitement d'effacer les
conséquences de cette décision ou de cette mesure, la décision de la
Cour accorde, s'il y a lieu, à la partie lésée une satisfaction équitable.

Article 51.

1. L'arrêt de la Cour est motivé.
2. Si l'arrêt n'exprime pas en tout ou en partie l'opinion unanime des
juges, tout juge aura le droit d'y joindre l'exposé de son opinion
individuelle.

Article 52

L'arrêt de la Cour est définitif.

Article 53

Les Hautes Parties contractantes s'engagent à se conformer aux décisions
de la Cour dans les litiges auxquels elles sont parties.

Article 54

L'arrêt de la Cour est transmis au Comité des Ministres qui en surveille
l'exécution.

Article 55

La Cour établit son règlement et fixe sa procédure.

Article 56

1. La première élection des membres de la Cour aura lieu après que les
déclarations des Hautes Parties contractantes visées à l'article 46 auront
atteint le nombre de huit.

2. La Cour ne peut être saisie avant cette élection.


TITRE V
Article 57

Toute Haute Partie contractante fournira sur demande du Secrétaire
Général du Conseil de l'Europe les explications requises sur la
manière dont son droit interne assure l'application effective de
toutes les dispositions de cette Convention.

Article 58

Les dépenses de la Commission et de la Cour sont à la charge du Conseil
de l'Europe.

Article 59

Les membres de la Commission et de la Cour jouissent, pendant l'exercice
de leurs fonctions, des privilèges et immunités prévus à l'article 40 du
Statut du Conseil de l'Europe et dans les Accords conclus en vertu de cet
article.

Article 60

Aucune des dispositions de la présente Convention ne sera interprétée comme
limitant ou portant atteinte aux droits de l'homme et aux libertés
fondamentales qui pourraient être reconnus conformément aux lois de
toute Partie contractante ou à toute autre Convention à laquelle cette
Partie contractante est partie.

Article 61

Aucune disposition de la présente Convention ne porte atteinte aux
pouvoirs conférés au Comité des Ministres par le Statut du Conseil
de l'Europe.

Article 62

Les Hautes Parties contractantes renoncent réciproquement, sauf
compromis spécial, à se prévaloir des traités, conventions ou
déclarations existant entre elles, en vue de soumettre, par voie
de requête, un différend né de l'interprétation ou de l'application
de la présente Convention à un mode de règlement autre que ceux
prévus par ladite Convention.

Article 63

1. Tout Etat peut, au moment de la ratification ou à tout autre moment
par la suite, déclarer, par notification adressée au Secrétaire Général
du Conseil de l'Europe, que la présente Convention s'appliquera à tous
les territoires ou à l'un quelconque des territoires dont il assure
les relations internationales.

2. La Convention s'appliquera au territoire ou aux territoires désignés
dans la notification à partir du trentième jour qui suivra la date à
laquelle le Secrétaire Général du Conseil de l'Europe aura reçue cette
notification.

3. Dans lesdits territoires les dispositions de la présente Convention
seront appliquées en tenant compte des nécessités locales.

4. Tout Etat qui a fait une déclaration conformément au premier paragraphe
de cet article, peut, à tout moment par la suite, déclarer relativement à
un ou plusieurs des territoires visés dans cette déclaration qu'il accepte
la compétence de la Commission pour connaître des requêtes de personnes
physiques, d'organisations non gouvernementales ou de groupes de
particuliers conformément à l'article 25 de la présente Convention.

Article 64

1. Tout Etat peut, au moment de la signature de la présente Convention
ou du dépôt de son instrument de ratification, formuler une réserve au
sujet d'une disposition particulière de la Convention, dans la mesure
où une loi alors en vigueur sur son territoire n'est pas conforme à
cette disposition. Les réserves de caractère général ne sont pas
autorisées aux termes du présent article.

2. Toute réserve émise conformément au présent article comporte un bref
exposé de la loi en cause.

Article 65

1. Une Haute Partie contractante ne peut dénoncer la présente Convention
qu'après l'expiration d'un délai de cinq ans à partir de la date d'entrée
en vigueur de la Convention à son égard et moyennant un préavis de six mois,
donné par une notification adressée au Secrétaire Général du Conseil de
l'Europe, qui en informe les autres Parties contractantes.

2. Cette dénonciation ne peut avoir pour effet de délier la Haute Partie
contractante intéressée des obligations contenues dans la présente
Convention en ce qui concerne tout fait qui, pouvant constituer une
violation de ces obligations, aurait été accompli par elle antérieurement
à la date à laquelle la dénonciation produit effet.

3. Sous la même réserve cesserait d'être Partie à la présente Convention
toute Partie contractante qui cesserait d'être Membre du Conseil de l'Europe.

4. La Convention peut être dénoncée conformément aux dispositions des
paragraphes précédents en ce qui concerne tout territoire auquel elle
a été déclarée applicable aux termes de l'article 63.

Article 66

1. La présente Convention est ouverte à la signature des Membres du
Conseil de l'Europe. Elle sera ratifiée. Les ratifications seront
déposées près le Secrétaire Général du Conseil de l'Europe.

2. La présente Convention entrera en vigueur après le dépôt de dix
instruments de ratification.

3. Pour tout signataire qui la ratifiera ultérieurement, la Convention
entrera en vigueur dès le dépôt de l'instrument de ratification.

4. Le Secrétaire Général du Conseil de l'Europe notifiera à tous les
Membres du Conseil de l'Europe l'entrée en vigueur de la Convention,
les noms des Hautes Parties contractantes qui l'auront ratifiée, ainsi
que le dépôt de tout instrument de ratification intervenu ultérieurement.


Fait à Rome, le 4 novembre 1950, en français et en anglais, les deux
textes faisant également foi, en un seul exemplaire qui sera déposé
dans les archives du Conseil de l'Europe. Le Secrétaire Général en
communiquera des copies certifiées conformes à tous les signataires.

Ce fichier est aussi disponible de law-france-request@amgot.org ligne Subject : CEDH-F


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